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LES INSTANTS FORUM #2 : UNE EXPÉRIENCE D'ÉCONOMIE CIRCULAIRE

LES INSTANTS FORUM #2 : UNE EXPÉRIENCE D'ÉCONOMIE CIRCULAIRE

Cette période de confinement/déconfinement nous a offert non pas une pause (car, pour le Forum, le travail continuait à distance, en inventant de nouvelles procédures pour continuer à "faire groupe" tout en étant tenus éloignés les uns des autres), mais un autre regard sur le temps. Ainsi ce moment un peu indéfini dans sa nature a-t-il été l'occasion de réexaminer des moments que nous avons retenus comme significatifs dans nos programmations des années précédentes — comme des "fantômes de nos actions passées" *.

Nous avons recherché quelles réflexions spécifiques nous avons pu engager sur certains thèmes marquants dans le débat d'idées sur l'architecture pour en extraire certains "gros plans" à partager entre nous tous. Nous revenons ainsi, avec ces "instants Forum", sur les outils de l'architecte (par exemple à travers le rapport à la maquette, un objet qui peut sembler en sursis face aux nouvelles technologies de représentation), sur de nouvelles prises de consciences environnementales et sociétales (entre autres thématiques avec la question de l'économie circulaire et du réemploi des matériaux), ou bien encore sur la question du rapport entre corps, mouvement et architecture (avec le retour sur atelier public stimulant la conscience de nos corps dans l'espace).

#2 : Une expérience d'économie circulaire

Après une première exposition en 2014 explorant le thème du "recyclage" en architecture à travers les usages temporaires de délaissés urbains, le Forum s'associait en 2015 au Pavillon de l'Arsenal pour explorer la capacité des matériaux de l'architecture à se "réincarner", une vie après l'autre, dans une économie circulaire de la construction qui serait fondée sur le réemploi, à travers une exposition intitulée "Matière grise".

Face à la nécessaire prise de conscience environnementale dans un contexte mondial de forte croissance des villes, et partant de consommation accrue de matériaux, cette exposition démontrait que la réutilisation et le recyclage représentent une ressource et une opportunité.

Plus encore, les réalisations présentées illustrent sans équivoque combien l'architecte peut être un acteur majeur de cette nouvelle approche : il est celui qui peut dépasser les simples dimensions économique (réutiliser pour dépenser moins) et environnementale (recycler pour polluer moins) afin de trouver dans l'idée de réemploi le ressort d'écritures architecturales inédites. Il peut alors transformer cette idée d'économie circulaire de la construction en un moteur d'innovation.

En parallèle de la présentation de dizaines de réalisations à travers le monde démontrant la créativité qui peut enrichir la pensée architecturale grâce à l'idée même de réemploi innovant de matériaux, le Forum souhaitait imaginer des collaborations inédites pour intégrer dans le processus de production même de l'exposition cette dimension de solidarité et d'interdépendance si porteuse de sens pour toute démarche écologique.

Il a alors missionné les architectes du Collectif Etc (déjà invités en 2014 par le Forum à présenter une conférence à Nice) pour concevoir et mettre en œuvre dans l'exposition une installation originale et spécifique au lieu, fondée sur ce réservoir d'idées qu'est le réemploi des matériaux. Il a associé à sa démarche des agents de la Métropole Nice Côte d'Azur chargés de la collecte, du tri et de la valorisation des déchets, ainsi qu'un groupe de onze étudiants en design d'espace de l'École de Condé Nice, pour construire une chaîne allant du déchet apparent à son réemploi par la création.

Par cette carte blanche donnée aux architectes du Collectif Etc, l'idée consistait à rendre concrète, à la mesure familière pour tous des objets du quotidien, la logique de réemploi de matériaux mise en avant par l'exposition à l'échelle de l'architecture et de la ville.

Pour ce faire, du bois de récupération collecté en centre de tri a été retaillé, nettoyé et poncé pour redevenir une matière exploitable pour de nouveaux usages.

L'exigence du Collectif était que ce matériau sauvé de la décharge n'y retourne pas à l'issue de l'exposition, mais que son nouvel usage soit pérenne, et pour cela il a formulé une double proposition.

Il a d'abord conçu et réalisé un mobilier qui aujourd'hui, cinq ans après, s'intègre toujours dans les équipements du Forum, démontrant ainsi la possibilité de produire des "formes utiles" et durables par le réemploi.

Ensuite il a imaginé une "ressourcerie" ouverte au public de l'exposition, à la sortie de laquelle, dans un système de racks construit grâce à des matériaux eux-mêmes récupérés des mobiliers scénographiques de l'exposition précédente, on trouvait des pièces de bois résiduelles de la fabrication du nouveau mobilier. Les visiteurs pouvaient se servir librement sur le double engagement de donner à ce bois sauvé de la décharge une seconde vie par la fabrication d'objets ou d'accessoires divers (réparation de meubles, création de jouets, construction d'abris pour oiseaux…), et d'adresser au Forum une photographie de la réalisation destinée à être montrée en temps réel dans le cadre de l'exposition elle-même.

Une boucle était ainsi bouclée, faisant la preuve de la part que chacun peut prendre à une meilleure "économie" de nos villes, et partant de notre planète.

"Nous voulons regarder notre intervention comme une préfiguration optimiste d’une pratique émergente dans nos villes, tout en mettant en évidence les limites qu’il faudra contourner et les moyens qu’il faudra déployer pour rendre ce type de pratiques concrètes, viables et éthiques. Il ne s’agit en aucun cas de faire de cette expérience un exemple d’un modèle à transposer, tant le contexte et les conditions de chantier furent particuliers." Collectif Etc


* en référence à l'un des intertitres du film expérimental de Man RAY de 1929, "Les Mystères du Château du Dé", produit grâce aux mécènes Charles et Anna de Noailles et tourné dans leur villa de Robert MALLET STEVENS à Hyères.