Le 109 : Pôle de cultures contemporaines - ville de Nice

LES INSTANTS FORUM #3 : CORPS ET ESPACE, CHANGER LA FESSE DU MONDE

LES INSTANTS FORUM #3 : CORPS ET ESPACE, CHANGER LA FESSE DU MONDE

Cette période de confinement/déconfinement nous a offert non pas une pause (car, pour le Forum, le travail continuait à distance, en inventant de nouvelles procédures pour continuer à "faire groupe" tout en étant tenus éloignés les uns des autres), mais un autre regard sur le temps. Ainsi ce moment un peu indéfini dans sa nature a-t-il été l'occasion de réexaminer des moments que nous avons retenus comme significatifs dans nos programmations des années précédentes — comme des "fantômes de nos actions passées"*.

Nous avons recherché quelles réflexions spécifiques nous avons pu engager sur certains thèmes marquants dans le débat d'idées sur l'architecture pour en extraire certains "gros plans" à partager entre nous tous. Nous revenons ainsi, avec ces "instants Forum", sur les outils de l'architecte (par exemple à travers le rapport à la maquette, un objet qui peut sembler en sursis face aux nouvelles technologies de représentation), sur de nouvelles prises de consciences environnementales et sociétales (entre autres thématiques avec la question de l'économie circulaire et du réemploi des matériaux), ou bien encore sur la question du rapport entre corps, mouvement et architecture (avec le retour sur atelier public stimulant la conscience de nos corps dans l'espace).

#3 : Corps et espace, changer la fesse du monde

En 2018, pour la troisième année consécutive, la designer niçoise Stéphanie MARIN et son studio de création smarin prenaient leurs quartiers au Forum dans le cadre de la manifestation "Éclairage Public" au 109, dont la thématique était le devenir des utopies après 1968, ce mouvement de fond qui interrogea le corps social et en orchestra les soubresauts, réclamant aussi la libération des corps tout court.

"Bounce Talk" était un dispositif qui retenait de ce moment de vie passé que, du corps collectif au corps individuel, il était question de mouvement, de frôlements, de mise en relation aux autres aussi bien qu'à un environnement à réinventer. Un vocabulaire qui est aussi celui du design, et une dynamique qui est celle de l'architecture : les rapports de nos corps aux formes qui nous entourent, de l'espace domestique à l'espace public.

"Bounce Talk" était un dispositif de discussion et de rebond (du corps et des conversations) mis au point à partir d'une ligne expérimentale de mobilier qui réinvente ergonomiquement et socialement la position assise à travers la notion d'élasticité. Par sa nature-même, il interrogeait la nature de l'ordre social, les attendus sur la manière d'être individuelle autant que les rites d'interaction collective, ayant été pensé en relation avec des intervenants du studio smarin aussi divers qu'un cinéaste, une chorégraphe, une meneuse de revue, un compositeur et un corps de ballet contemporain.

Très concrètement, dans l'une des salles du Forum à la volumétrie et à l'écriture architecturale si singulière encadrant les corps, les visiteurs étaient invités à participer à une performance ludique, entre cours d'aérobic et exercice chorégraphique.
À partir de la situation ordinaire de la position assise, récurrente dans notre quotidien (chez soi, au bureau, au café…), qui nous met en relation d'échelle autant que fonctionnelle avec l'espace qui nous enveloppe et relève majoritairement d'une posture sédentaire (voire rigide), Bounce Talks déclinait des variations familières pour tous (seuls, en société…), et rebattait les cartes par un unique mais puissant élément perturbateur : l'élasticité d'un objet chaise hors norme.
Au long de sessions de dix minutes sous la conduite d'une "maîtresse de cérémonie", grâce également à un accompagnement vidéo et sonore spécialement pensé, les participants disposés collectivement dans cette salle du Forum réaménagée pour l'occasion inventèrent une gestuelle et aiguisèrent leur conscience individuelle et collective du corps dans l'espace.
Organisée comme une journée-type (à la maison, au bureau, dans les transports publics…), chaque session était construite de la même manière : présentation de la règle du jeu, échauffement, développement d'une gestuelle consciente du corps et de l'espace.
Avant ou après cette expérience, un lounge peuplé de sièges identiquement élastiques permettait aux visiteurs de poursuivre l'expérience, seuls ou avec les personnes de leur choix.

[crédits photographies : D.R. / François VIGNOLA]

* en référence à l'un des intertitres du film expérimental de Man RAY de 1929, "Les Mystères du Château du Dé", produit grâce aux mécènes Charles et Anna de Noailles et tourné dans leur villa de Robert MALLET STEVENS à Hyères.