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POUSSER LES MURS #4 : ANNE CAUQUELIN (épisode 2)

POUSSER LES MURS #4 : ANNE CAUQUELIN (épisode 2)

Anne CAUQUELIN (Paris) Docteure en philosophie, romancière, essayiste et plasticienne, Anne CAUQUELIN est une figure française de la pensée sur le paysage, sur la ville et sur l'art contemporain. Ancienne rédactrice en chef de "La Nouvelle revue d'esthétique", elle est professeure émérite de philosophie des universités Paris-X et de Picardie. Anne CAUQUELIN a donné au Forum, le 20 octobre 2018, un cours public d'architecture (en l'espèce, de paysage) sous le titre "La conversation champêtre, contrastes et connivences entre jardins et paysages", dans le cadre de l'exposition "Collection Paysages" et des Journées Nationales de l'Architecture 2018.

La proposition d'Anne CAUQUELIN : Bobby l'entéléchien

Afin de "pousser les murs", Anne CAUQUELIN propose non pas une, mais deux réflexions complémentaires sur des dimensions dont le confinement et sa sortie à pas comptés nous affûtent la perception : l'espace (auquel on pense en premier, étant donné sa limitation soudaine), mais également le temps.

S'agissant de l'espace, c'est ici autant la philosophe que la dessinatrice qui en éprouve les limites inédites, posées par un enfermement que nul n'aurait pu concevoir dans sa nature même jusqu'à sa survenue. Sa main trace d'un trait nerveux une forme de double d'elle-même ressurgi de sa mémoire : Bobby, chien à l'allure mélancolique de sa prime enfance au Chili, où elle est née. Ayant un souvenir très furtif de cette époque, c'est donc d'un Bobby librement reconstruit qu'Anne CAUQUELIN peuple aujourd'hui ses carnets de croquis bien rangés, autant que le moindre bout de papier trouvé sur sa table de travail. Dans les dessins ici ordonnés comme en un roman graphique (ou en un haïku graphique ?), un Bobby à mi-chemin entre le philosophe approximatif et le citoyen éberlué par sa nouvelle condition de confiné cherche les voies de l'évasion et de la transgression mentale des limites de l'espace. Ce chien de fiction, cet "ami imaginaire" désormais parisien à tendance bobo, pense avec insistance à la mer, celle de sa vie passée face au Pacifique, aux portes de la mythique Valparaiso à la fin des années 1920 comme en une autre question de grains de temps…

Comme philosophe, Anne CAUQUELIN est familière de l'entéléchie, vision aristotélicienne d'un état abouti de l'accomplissement de l'être. Comme dessinatrice, elle observe en Bobby comme une tentative brouillonne de devenir un "entéléchien" qui transcenderait notre frustration partagée d'espace en un moment étrange.

Pousser les murs : le cadre général

Au Forum d'Urbanisme et d'Architecture, nous avons l’habitude de présenter l’architecture, la ville et le paysage comme des environnements sensibles, porteurs de sens, de plaisirs esthétiques et de liberté. De fait, nous ne nous faisons pas à l'idée que notre cadre bâti le plus familier — celui de nos domiciles — puisse être vécu aujourd’hui par un funeste effet de retournement en cette période de confinement comme une entrave qui nous limite, voire nous oppresse.

Pour interroger, ou même conjurer ce sentiment d'enfermement, nous nous sommes interrogés sur les multiples façons dont nous pourrions en quelque sorte "pousser les murs", et regarder et vivre d'une manière légère, surprenante ou stimulante cette "boîte" qui est, pour une durée indéterminée, notre univers limité (et ceci d'autant plus que le temps pour le faire nous est désormais offert à l'excès).

"Pousser les murs" est ainsi un mot d'ordre, mais également le titre d'une carte blanche que nous avons proposée à diverses personnalités du monde de l'architecture, de l'urbanisme, du design et d'autres champs de la culture et du savoir afin qu'ils partagent avec nous leur manière de voir plus loin au-delà des murs.