Le 109 : Pôle de cultures contemporaines - ville de Nice

POUSSER LES MURS #6 : MYLÈNE DUQUENOY

POUSSER LES MURS #6 : MYLÈNE DUQUENOY

Mylène DUQUENOY (Vence) Architecte installée depuis 2011 à Vence, respectueuse de l’environnement, spécialisée en construction bois. Parmi ses dernières réalisations : Résidence l’Abeille, rue Bonaparte à Nice ; Hôtel Amour (son restaurant et sa plage), avenue des Fleurs  et promenade des Anglais à Nice ; Maison des Artistes à Vence ; Plage les Cabines (structures démontables en bois) à Golfe-Juan ; Maison contemporaine en Corse. Co-fondatrice du Collectif  Supernice Conseillère à l'Ordre des Architectes PACA depuis 2017 md-architecte.com Mylène DUQUENOY est l'interlocutrice du Forum pour certaines actions de diffusion de la culture architecturale menées en concertation avec l'Ordre des Architectes PACA.

La proposition de Mylène DUQUENOY

Territoires abandonnés : l’entre-deux

Durant le confinement, au détour de promenades, j’ai vu ce que je n’avais jamais vu, les maisons abandonnées de mon quartier. Submergées par la végétation, interdites, territoires de rêverie, lieux de tous les possibles, ces habitations vieillies, parfois désuètes, abîmées par le temps mais si charmantes, m’appellent pour un dernier souffle, une renaissance, une existence, dans ce monde arrêté.

On imagine qui les a habitées. Comment pourrait-on y entrer ? Y a-t-il un voisin pour nous démasquer ? Sommes-nous observés ? On espionne, on découvre, on chuchote.

On se sent un peu chez soi, un lieu qui n’appartient à personne, appartient à tout le monde, donc à moi aussi.

On se l’approprie, on l’observe, on marche doucement pour ne pas faire de bruit. On le respecte, on aimerait emporter un morceau, on le fait (une plante), on aurait pu prendre un objet, un souvenir, pour garder un peu de ce lieu magique, emporter ses histoires imaginaires, et pas que... On se voit y habiter, on se met à y croire, on revient, c’est calme, les oiseaux et petits animaux ont pris possession du jardin, c’est le printemps, les fleurs exhalent leur parfum, la vie continue ici mais à un autre rythme, plus lent, dans le silence, avec les saisons.

J’aime venir regarder le ciel, prendre le soleil, m’évader, ne plus penser, dans ce havre de paix.

Un espace "entre-deux" : ni seulement la nature, ni vraiment l’urbain, pour laisser place à nos songes, nos réflexions, nos sensations, nos émotions, nos peurs, notre "moi" intérieur.

L’entre-deux, lieu de mémoire, la trace du passé, nos racines, le commencement, le moment de vérité dans ce monde en mutation, soudainement si incertain et fragile.

La preuve de ce qui était avant. Un témoignage, comme un doudou d’enfant, rassurant.

Pousser les murs : le cadre général

Au Forum d'Urbanisme et d'Architecture, nous avons l’habitude de présenter l’architecture, la ville et le paysage comme des environnements sensibles, porteurs de sens, de plaisirs esthétiques et de liberté. De fait, nous ne nous faisons pas à l'idée que notre cadre bâti le plus familier — celui de nos domiciles — puisse être vécu aujourd’hui par un funeste effet de retournement en cette période de confinement comme une entrave qui nous limite, voire nous oppresse.

Pour interroger, ou même conjurer ce sentiment d'enfermement, nous nous sommes interrogés sur les multiples façons dont nous pourrions en quelque sorte "pousser les murs", et regarder et vivre d'une manière légère, surprenante ou stimulante cette "boîte" qui est, pour une durée indéterminée, notre univers limité (et ceci d'autant plus que le temps pour le faire nous est désormais offert à l'excès).

"Pousser les murs" est ainsi un mot d'ordre, mais également le titre d'une carte blanche que nous avons proposée à diverses personnalités du monde de l'architecture, de l'urbanisme, du design et d'autres champs de la culture et du savoir afin qu'ils partagent avec nous leur manière de voir plus loin au-delà des murs.