Le 109 : Pôle de cultures contemporaines - ville de Nice

UN JOUR, UNE ŒUVRE #10 : DESIGN D'INTÉRIEUR, APPARTEMENT DE GUY ROTTIER À RABAT

UN JOUR, UNE ŒUVRE #10 : DESIGN D'INTÉRIEUR, APPARTEMENT DE GUY ROTTIER À RABAT

Lorsque la Ville de Nice a reçu le fonds d'archives privées de l'architecte Guy Rottier (1922-2013) — à l'initiative du Forum et avec les contributions décisives du service des Archives et du MAMAC —, l'engagement a été pris de rendre ces quelques huit mille pièces accessibles au public, au fur et à mesure que de leur inventaire et catalogage. En trois ans, deux expositions au Forum et une exposition hors les murs ont déjà permis de lever le voile sur ces témoignages, pour la plupart inédits, de la pensée et de l'œuvre d'un des architectes niçois les plus singuliers. Avec "Un jour, une œuvre", nous donnons à voir dix-huit pièces comme autant de "coups de cœur" qui, par la variété même de leurs formes, de leurs supports et de leurs contenus, illustrent la construction des idées de Guy Rottier et du cheminement de sa pensée, véritable machine à idées de l'architecture du xxe siècle.

#10 : Design d'intérieur, séjour de l'appartement de Guy Rottier à Rabat, 1982 :  lampes en boîtes de conserve, rideau en couvercles métalliques, table avec collection de papillons (photographie, auteur non crédité)

Ce que rappelle cette vue de son propre appartement à Rabat est le fait que, dès les années 1970 du consumérisme triomphant (soit bien avant la théorisation actuelle de l'économie circulaire et du réemploi des objets et matériaux), Guy Rottier s'intéressait au gisement de matière première pour la création que représentaient les sous-produits de la consommation ordinaire. Il y pressentait même la possibilité d'une création affranchie des brevets et autres droits de propriété intellectuelle, comme en un prolongement de ses batailles contre les autorisations et permis de construire, auxquels il opposait la fluidité d'un urbanisme de cabanons volants, de maisons d'un jour et de villages en carton à brûler après usage. Comme en un manifeste, il écrivait : "L'utilisation d'objets de rebut m'avait semblé au départ la meilleure solution pour arriver à un design de luminaires, sièges ou autres objets utilitaires disponibles en quantités illimitées pour grand public, sans passer par les brevets ou constructeurs spécialisés, tout en utilisant tout de même la grande industrie de série. En effet, si une boîte de conserve est brevetée pour une certaine utilisation, elle ne l'est plus lorsqu'on la transforme en un autre objet, comme un luminaire par exemple. De là toute une série d'objets tels que luminaires, fourre-tout ou rideaux en boîtes ou couvercles de récupération, bouteilles, canettes, chemises d'occasion du souk pour faire des coussins, ou palettes en bois pour réaliser des sièges, tables ou cloisons et même habitations. Le bidonville conçu par un architecte n'est plus très loin !"