Le 109 : Pôle de cultures contemporaines - ville de Nice

UN JOUR, UNE ŒUVRE #13 : LES VACANCES

UN JOUR, UNE ŒUVRE #13 : LES VACANCES "CASSETTE", URBANISME DE L'AIR, non daté (encre sur papier calque)

Lorsque la Ville de Nice a reçu le fonds d'archives privées de l'architecte Guy Rottier (1922-2013) — à l'initiative du Forum et avec les contributions décisives du service des Archives et du MAMAC —, l'engagement a été pris de rendre ces quelques huit mille pièces accessibles au public, au fur et à mesure que de leur inventaire et catalogage. En trois ans, deux expositions au Forum et une exposition hors les murs ont déjà permis de lever le voile sur ces témoignages, pour la plupart inédits, de la pensée et de l'œuvre d'un des architectes niçois les plus singuliers. Avec "Un jour, une œuvre", nous donnons à voir dix-huit pièces comme autant de "coups de cœur" qui, par la variété même de leurs formes, de leurs supports et de leurs contenus, illustrent la construction des idées de Guy Rottier et du cheminement de sa pensée, véritable machine à idées de l'architecture du xxe siècle.

Toujours dans l'esprit d'architecture expérimentale développée autour de la question de l'habitat pour les loisirs, les maisons en carton à brûler après usage furent étudiées structurellement de manière plus approfondie que la maison d'un jour. Elles reposaient aussi sur une logique participative d'autoconstruction qui ne déparerait pas aujourd'hui, flammes finales comprises, dans un Burning Man, et que Guy Rottier reliait à sa mémoire du phénomène Woodstock : "Le principe qui était préconisé consistait à fournir une enveloppe spatiale non couverte, genre de toile d’araignée géante, sous laquelle s’étalaient des cloisons en carton, sans portes ni fenêtres (celles-ci pouvant être découpées à la demande), où les utilisateurs pouvaient s’installer et se grouper suivant leurs affinités. Il était indispensable que l’utilisateur s’occupe lui-même de la protection contre les intempéries, par exemple en cherchent des plastiques ou tôles sur les décharges publiques ou ailleurs, participant ainsi à la vie de la communauté. Le mobilier était, lui aussi, laissé à l’initiative de l’habitant, qui pouvait utiliser caisses, cartons, bidons, etc., développant ainsi son côté créateur."

En un concentré efficace d'expression, une forme de bande dessinée qui n'en a pas le nom résume la logique du principe de projet d'un point de vue visuel en plongée qui n'est pas sans rappeler les dessins de Le Corbusier de la baie de Rio. Juste après l'atterrissage, les vacanciers découvrent leur lieu idyllique de vacances, vierge de toute construction. À peine l'avion a-t-il redécollé que déjà les vacanciers peuvent investir leur village temporaire, entre temps apparu sous leur action collective. Leur séjour fini, les silhouettes repartent vers l'avion revenu. Et de nouveau à peine celui-ci s'éloigne-t-il que les flammes détruisent les habitations de carton, effaçant jusqu'au souvenir de la présence des hommes, luttant ainsi contre le mitage du paysage par des constructions inoccupées dix mois par an.