Le 109 : Pôle de cultures contemporaines - ville de Nice

UN JOUR, UNE ŒUVRE #17 : MAISON DE VACANCES VOLANTE, 1964

UN JOUR, UNE ŒUVRE #17 : MAISON DE VACANCES VOLANTE, 1964

Lorsque la Ville de Nice a reçu le fonds d'archives privées de l'architecte Guy Rottier (1922-2013) — à l'initiative du Forum et avec les contributions décisives du service des Archives et du MAMAC —, l'engagement a été pris de rendre ces quelques huit mille pièces accessibles au public, au fur et à mesure que de leur inventaire et catalogage. En trois ans, deux expositions au Forum et une exposition hors les murs ont déjà permis de lever le voile sur ces témoignages, pour la plupart inédits, de la pensée et de l'œuvre d'un des architectes niçois les plus singuliers. Avec "Un jour, une œuvre", nous donnons à voir dix-huit pièces comme autant de "coups de cœur" qui, par la variété même de leurs formes, de leurs supports et de leurs contenus, illustrent la construction des idées de Guy Rottier et du cheminement de sa pensée, véritable machine à idées de l'architecture du xxe siècle.

#17 : Maison de vacances volante, 1964 (photomontage, photographes : Pierre Joly et Véra Cardot)

La maison de vacances volante est, pour ainsi dire, née d'un coup de tête et d'un coup de sang. Fin 1963, Guy Rottier est sollicité par le Salon des Arts Ménagers pour exposer les cabanons Barberis (Un jour, une œuvre #04) lors de l'édition 1964. La plaie de l'échec commercial de ces unités de vacances était encore ouverte, et il détourne la commande pour en faire "un manifeste contre le système administratif qui empêchait un architecte normal de construire normalement." De fait, il refuse de montrer au public des créations sans avenir, car systématiquement contrecarrées, selon lui, par les refus d'autorisations d'implantation. En lieu et place il propose "[d']exposer une maison de vacances volante, dont l’idée était la liberté de se poser n’importe où, d’ignorer la propriété et les tracasseries administratives, de choisir son orientation et ses vues". Comme il le disait lui-même : "Alors je me suis mis à la recherche d’une documentation sur les hélicoptères, les avions, l’histoire de l’aviation et de tout ce qui vole. J’en ai étudié les bases, et ma maison volante, telle que je l’avais conçue à partir de là, répondait à la fin bien aux dernières recherches en la matière […]. [Mon] cabanon était bien là […] et a eu l’honneur de figurer dans les plus grandes revues, et même dans les revues d’architecture, aussi bien en France qu’à l’étranger."

Ce à quoi Guy Rottier ne s'attendait pas est la manière dont ce qui était pour lui un projet-manifeste protestaire, avec sa part assumée d'irréalisme technique, a été pris au pied de la lettre par d'autres. Ainsi, un particulier écrivit à Guy Rottier pour solliciter des renseignements préalables à l'achat. De même, le salon des Arts Ménagers du Cap sollicita l'exposition de plusieurs maquettes pour l'année suivante, en soulignant le fait que l'Afrique du Sud représentait un vaste marché pour ces cabanons volants dans l'idée de renouveler les safaris touristiques. Si Guy Rottier ne revendiquait pas la faisabilité technique de son concept, pour d'autres la réalité dépassait la fiction en ces années soixante qui voulaient croire en un mouvement du progrès que rien ne saurait entraver.