Le 109 : Pôle de cultures contemporaines - ville de Nice

UN JOUR, UNE ŒUVRE #5 : VILLA LAUDE ET DUJARDIN, 1963

UN JOUR, UNE ŒUVRE #5 : VILLA LAUDE ET DUJARDIN, 1963

Lorsque la Ville de Nice a reçu le fonds d'archives privées de l'architecte Guy Rottier (1922-2013) — à l'initiative du Forum et avec les contributions décisives du service des Archives et du MAMAC —, l'engagement a été pris de rendre ces quelques huit mille pièces accessibles au public, au fur et à mesure que de leur inventaire et catalogage. En trois ans, deux expositions au Forum et une exposition hors les murs ont déjà permis de lever le voile sur ces témoignages, pour la plupart inédits, de la pensée et de l'œuvre d'un des architectes niçois les plus singuliers. Avec "Un jour, une œuvre", nous donnons à voir dix-huit pièces comme autant de "coups de cœur" qui, par la variété même de leurs formes, de leurs supports et de leurs contenus, illustrent la construction des idées de Guy Rottier et du cheminement de sa pensée, véritable machine à idées de l'architecture du xxe siècle.

#5 : Villa Laude et Dujardin, Villefranche-sur-Mer, 1963 (photographie, photographe : Michel Moch)

Guy Rottier conçut trois villas à Villefranche-sur-Mer au mitan des années soixante. Pour celle-ci, les futurs occupants (deux branches d'une même famille disposant chacune d'un niveau entier) souhaitaient profiter de la position exceptionnelle du terrain en balcon sur la moyenne corniche pour faire pénétrer le paysage au maximum dans leur vie.

Loin d'être une contrainte, la topographie y devient le support d'un récit logique. Elle règle l'accrochage des volumes à la pente (avec un accès par un tunnel percé dans la roche, qui confirme une forme d'approche tectonique du contexte physique). Elle permet également une distribution des fonctions entre pièces de nuit ou espaces servants côté arrière, et pièces de vie et de réception à l'avant, en balcon sur l'horizon de la baie de Villefranche. La liberté du plan (une rémanence corbuséenne par lui revendiquée dans la pratique d'alors de Guy Rottier) permet à la maison d'évoluer pour s'ajuster à ses occupants sous la forme de cellules familiales potentiellement communicantes. La manière dont les dalles filent vers le vide à travers des bandes continues de baies vitrées est un appel en Cinémascope® à un hédonisme des éléments naturels, la modernité semblant aller jusqu'à la jubilation dans la mise en scène de ses capacités techniques à libérer les formes, ainsi qu'en témoigne cette saisissante photographie à la James Bond.