Le 109 : Pôle de cultures contemporaines - ville de Nice

UN JOUR, UNE ŒUVRE #6 : VILLA ARMAN, 1968

UN JOUR, UNE ŒUVRE #6 : VILLA ARMAN, 1968

Lorsque la Ville de Nice a reçu le fonds d'archives privées de l'architecte Guy Rottier (1922-2013) — à l'initiative du Forum et avec les contributions décisives du service des Archives et du MAMAC —, l'engagement a été pris de rendre ces quelques huit mille pièces accessibles au public, au fur et à mesure que de leur inventaire et catalogage. En trois ans, deux expositions au Forum et une exposition hors les murs ont déjà permis de lever le voile sur ces témoignages, pour la plupart inédits, de la pensée et de l'œuvre d'un des architectes niçois les plus singuliers. Avec "Un jour, une œuvre", nous donnons à voir dix-huit pièces comme autant de "coups de cœur" qui, par la variété même de leurs formes, de leurs supports et de leurs contenus, illustrent la construction des idées de Guy Rottier et du cheminement de sa pensée, véritable machine à idées de l'architecture du xxe siècle.

#6 : Villa Arman, Vence, vue extérieure, 1968 (photographie, auteur non crédité)

Des quelques villas que Guy Rottier réalisa, celle qu'il conçut pour le sculpteur Arman est la plus singulière. En premier lieu, les conditions de sa conception furent complexes, celle-ci se partageant entre l'agence de Nice, au début du projet, et Damas pour les phases ultérieures (où Guy Rottier partit vivre et enseigner). Elles furent également heurtées, avec un client exigeant et au programme à la fois flou et évolutif, et un processus de concertation passant pour beaucoup par une correspondance croisée, émaillée de croquis mutuellement corrigés, entre la France puis la Syrie et les États-Unis (où Arman séjournait fréquemment).

La conception de cette villa représenta pour Guy Rottier un moment de basculement dans sa pratique du projet. Celui-ci devint le réceptacle de recherches dans lesquelles il s'engageait, dans l'esprit de liberté et d'émulation que lui procuraient la fréquentation de l'École de Nice et celle du GIAP de Michel Ragon. On retrouve ainsi à Vence une application de son concept d'architecture enterrée (la villa étant enchâssée dans un sol en partie reconfiguré par terrassement), avec un plan ouvert suggérant un effet de transparence panoramique. Le principe de ses lumiducs, canons à lumière canalisant les rayons du soleil au cœur d'espaces aveugles, s'y retrouve appliqué, et une des variantes des chambres d'amis prend la forme de structures mobiles, sur le modèle typologique des maisons de vacances sur fils précédemment imaginé par Guy Rottier dans d'autres situations.

Le processus de conception de la maison a représenté une aventure à l'échelle des protagonistes : un client singulier dont la notoriété d'artiste explosait au moment du projet,  et un concepteur qui vivait une période charnière de son engagement intellectuel, et partant de sa production. Un projet hors norme en toutes choses.