Le 109 : Pôle de cultures contemporaines - ville de Nice

UN JOUR, UNE ŒUVRE #4 : CABANON POUR ENFANTS

UN JOUR, UNE ŒUVRE #4 : CABANON POUR ENFANTS

Lorsque la Ville de Nice a reçu le fonds d'archives privées de l'architecte Guy Rottier (1922-2013) — à l'initiative du Forum et avec les contributions décisives du service des Archives et du MAMAC —, l'engagement a été pris de rendre ces quelques huit mille pièces accessibles au public, au fur et à mesure que de leur inventaire et catalogage. En trois ans, deux expositions au Forum et une exposition hors les murs ont déjà permis de lever le voile sur ces témoignages, pour la plupart inédits, de la pensée et de l'œuvre d'un des architectes niçois les plus singuliers. Avec "Un jour, une œuvre", nous donnons à voir dix-huit pièces comme autant de "coups de cœur" qui, par la variété même de leurs formes, de leurs supports et de leurs contenus, illustrent la construction des idées de Guy Rottier et du cheminement de sa pensée, véritable machine à idées de l'architecture du xxe siècle.

#4 : Cabanon pour enfants

À la fin des années cinquante, Guy Rottier quitte Paris et s'installe à Nice pour s'engager, à l'invitation de celui-ci, dans une collaboration fondatrice avec Charles Barberis, marquée par une véritable convergence intellectuelle et d'ambitions pour l'architecture. Guy Rottier travaille alors  intensément avec l'entrepreneur en menuiserie de Le Corbusier à la réalisation d'habitations de vacances préfabriquées en série, à commercialiser en dehors des circuits traditionnels de l'habitat. Des prototypes sont montrés à la Foire de Nice, des brochures de ventes sont imprimées sur les douze variantes existant sur le papier. Les clients affluent, on s'y croirait — mais les obstacles administratifs à la délivrance d'autorisations d'urbanisme pour l'implantation de ces unités en font finalement un projet mort-né, à part quelques unités montées à la sauvette à Antibes ou à Ramatuelle, dont le souvenir de ce qu'il en advint est depuis longtemps perdu.

De cette (més)aventure il demeure pourtant la puissance d'une idée partagée : offrir le maximum (de confort, de pertinence) dans le minimum (de coût, de complexité technique). Il demeure une prescience des besoins de l'époque autour des envies de loisirs des familles des Trente Glorieuses, forgées dans la natalité du baby boom. Il demeure la radicalité d'une posture : explorer la question de la fabrication en série, en rupture avec les traditions constructives et esthétiques. Tout ce que résume en somme cette photo un peu floue et surexposée, mais qui condense en elle un monde qui ne fut pas.

Guy Rottier en conçut un immense dépit, mais fut conforté dans une amitié indéfectible: "Charles Barberis : ce grand industriel du bois m'a appris la modénature, la patience et la modestie. Nous avons réalisé ensemble, avec passion, des maisons en bois totalement invendables."